jeudi 1 juin 2017

L’acte terrible d’un époux trompé

« La peine encourue est la perpétuité », cadre le président Yves Plantier. Prostré dans son box, Stéphane Mignard, 51 ans, a été mis en examen pour assassinat. Le procès de cet homme aux cheveux gris, mal à l’aise dans sa chemise bleu clair, s’est ouvert ce mercredi devant la cour d’assises de la Haute-Saône, à Vesoul.
Le 31 mars 2014, l’accusé, qui avait apporté deux armes blanches avec lui, avait convenu d’un rendez-vous avec l’amant de son épouse. Les deux adultes, décrits comme non-violents, s’étaient retrouvés à Dampierre-sur-Salon avant de circuler aux alentours, sans but précis. Mais après quelques bières, la rencontre avait dégénéré. Dans quelles circonstances ?
Toujours est-il que le 1er avril 2014, aux environs de 8 h, le cadavre de Dany Trinquesse, âgé de 39 ans, avait été découvert par deux électriciens qui se rendaient au travail, abandonné au bord de l’étang communal de Theuley, un village situé à l’ouest du département. Lardé de 21 coups de couteau. Une des armes avait été retrouvée à l’intérieur du Citroën C8 maculé de sang avec lequel l’accusé a aussi roulé, comme l’a confirmé l’autopsie, sur le corps de sa victime.
De retour à son domicile, à Lavoncourt, Stéphane Mignard avait tenté de se suicider en absorbant des médicaments. À l’hôpital où il avait été transporté, il avait confié à une infirmière qu’il avait laissé son rival pour mort sur un parking. « À l’issue d’une enquête sans complication », l’auteur des faits avait été interpellé le lendemain même de ce crime passionnel sur fond de misère sociale, d’oisiveté et de jalousie.
Ce premier jour du procès a permis de mieux cerner la personnalité de l’ancien menuisier, dont l’alcoolisme et la dépendance aux stupéfiants se sont aggravés après plusieurs opérations du dos et la perte de tout emploi. Un homme à la jeunesse malheureuse, humilié par sa mère. Un père de trois enfants bafoué par sa femme, qui le trompait avec cet ami que le couple avait accueilli durant près de deux ans sous son toit. Un individu bipolaire et dépressif, qui a essayé à de nombreuses reprises de mettre fin à ses jours. Il était régulièrement admis en urgence à l’hôpital de Gray ou en séjour psychiatrique à Clairefontaine. Le dernier était intervenu après que sa conjointe lui avait annoncé son intention de divorcer. Son internement avait pris fin le 27 mars 2014. Quatre jours avant le drame.
« Je risque d’aller en prison quand j’aurai réglé mes comptes », avait-il alors confié à son fils. Ce fils dont le témoignage l’a fait craquer hier, obligeant le président Plantier à demander une suspension d’audience pour lui permettre de se remettre de ses émotions. 
S’il rejette la thèse de l’assassinat, Stéphane Mignard reconnaît le meurtre « dans une scène qu’il est incapable de décrire ». « Jamais il ne s’est présenté à moi en minimisant son acte, qu’il appelle le « point noir », a expliqué son visiteur de prison. Un enseignant à la retraite, « touché de la façon dont il bataille avec sa personnalité ».
« Une des questions de ce procès, c’est la préméditation », a résumé l’avocat général, Gabi Bouyssou. Le verdict est attendu ce jeudi, au cours de la soirée.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire