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mercredi 11 avril 2012

Deux morts dans un silo de sucre: l'un des deux rescapés raconte

Frédéric Soulier a réchappé à l'accident qui a coûté la vie à deux techniciens cordistes dans un silo de la sucrerie de Bazancourt le 13 mars dernier. Il raconte le déroulement des faits.

LE tragique accident, survenu le 13 mars à la sucrerie de Bazancourt, a causé la mort de deux techniciens cordistes : Arthur Bertelli et Vincent Dequin.
Ils étaient alors quatre à opérer dans le silo de sucre n°4 de l'entreprise Cristal Union. « Nous étions chargés de son décrêtage », précise Frédéric Soulier, l'un des deux rescapés.
Blessé, et encore sous le choc, il raconte comment l'intervention a viré au cauchemar. « Le silo doté d'un ascenseur extérieur, nous l'avons emprunté pour monter jusqu'en haut. Nous y avons accédé en passant par des trous d'homme et sommes descendus en rappel jusqu'au sucre, à environ 10 m de sa base. »
Cette dernière étant incurvée, les quatre techniciens cordistes n'étaient pas sur du plat. « En fonction de l'endroit où nous nous trouvions, nous avions entre 8 à 10 m de sucre sous nos pieds. »
Embauchée par la société rémoise de nettoyage industriel Carrard Services et recrutée par une agence d'intérim spécialisée dans les travaux sur corde, l'équipe de professionnels devait débarrasser la paroi du silo de ses agglomérats de sucre. « Pour ce faire, nous nous étions libérés de la tension de la corde. Sans cela, impossible d'approcher les bords du silo. »
« Equipés de pelles en plastique, Arthur, Vincent et moi nous sommes vite rendus compte que nous ne pourrions rien faire avec. Comme ça allait tout seul pour Hamid, qui avait une pioche, nous avons demandé à changer de matériel. Sont alors descendus sur corde une pioche supplémentaire et deux tridents. » Postés les plus prêts du bord du silo, Hamid et Frédéric cassaient les agglomérats de sucre. Arthur et Vincent les repoussaient quant à eux vers le bas. Ils étaient par ailleurs chargés de trouver une trappe d'accès latérale, située à 7 m de la base du silo.
« Nous venions de commencer quand, tout à coup, il y a eu un glissement. Là, juste sous nos pieds, juste où nous étions en train de travailler. Comme un cône de 3 m 50 de diamètre, sur 3 à 4 m de profondeur. Le mou de corde a été entraîné, nous avec. Sauf Hamid, qui était en dehors de la cavité. Au début, c'était comme dans du sable mouvant. Nous hurlions : fermez les trappes ! Par réflexe. Et puis, il y a eu un gros effondrement. Vincent m'a dit : coupe ta corde, t'es pas dedans ! Ce que j'ai réussi à faire. Le sucre continuait à tomber, tomber, tomber. Nous criions, demandions de l'aide. On nous disait que ça venait, mais pas assez vite. »
Posté avec un vigile au sommet du silo, leur chef d'équipe est alors descendu pour essayer de creuser. « Je lui indiquais où étaient mes collègues, mais plus on bougeait et pire c'était… » Les sapeurs-pompiers, dont une équipe du Grimp (groupe de reconnaissance et d'intervention en milieux périlleux) ont enfin pris le relais.
Arthur Bertelli et Vincent Dequin ont péri asphyxiés, sous 2 000 à 3 000 tonnes de sucre. Le premier, qui demeurait à Millau (dans l'Aveyron), avait 23 ans. Le second, qui habitait à Somme-Vesle (près de Châlons-en-Champagne) et présidait le comité départemental d'escalade de la Marne, en avait 33. Tous deux étaient expérimentés et détenteurs d'un diplôme d'agent technicien cordiste, remis à l'issue d'une formation spécifique d'une durée d'un an. Leur profession les amenait à accomplir des missions de durée variable et en milliers périlleux : silos alimentaires, barrages hydroélectriques, centrales nucléaires, sites pétrochimiques, etc.
Quelle est leur part de responsabilité dans ce drame ? Quelles sont celles de la société Carrard Services et de l'entreprise Cristal Union ? À l'enquête, menée par un juge d'instruction depuis qu'une information judiciaire contre X pour homicides involontaires a été ouverte, de le démontrer.
« Aucun plan d'évacuation n'était prévu », met en exergue Frédéric Soulier, qui fait aussi remarquer l'absence de moyens de communication entre les techniciens cordistes, leur chef d'équipe et le personnel de la sucrerie. « Idéalement, nous aurions dû être en possession de talkie-walkie antidéflagrants. »
Une trappe d'évacuation a-t-elle été ouverte sans concertation pour permettre la vidange du sucre ? Une « bulle d'air » s'est-elle formée, provoquant l'effondrement du tas et l'effet siphon ? Frédéric Soulier penche pour la première hypothèse.
« Il était initialement prévu que les trappes d'évacuation se trouvant sur nos côtés soient ouvertes au fur et à mesure de notre progression », ajoute-t-il, sous-entendant que l'une d'elle l'ait malencontreusement été.
http://www.lunion.presse.fr/article/marne/deux-morts-dans-un-silo-de-sucre-lun-des-deux-rescapes-raconte

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