Nancy. « Si je peux vous donner mon humble avis, Ludovic Requis a déjà beaucoup payé. Il a perdu sa femme – il a dû faire une croix sur une carrière prometteuse – et il a fait trois mois de prison provisoire ! ». Droit, comme un « I », ce général à la retraite, à l’époque des faits en charge de l’école de gendarmerie de Chaumont, exprime en fait le sentiment de tous les protagonistes du dossier examiné depuis hier par la cour d’assises de Meurthe-et-Moselle. Y compris celui de la victime, un quadragénaire à la coupe réglementaire, qui ne s’est d’ailleurs même pas porté partie civile.
Il faut dire qu’il y a un code d’honneur chez les gendarmes. Une ligne jaune franchie par ce collègue de Ludovic Requis. « Coucher avec la femme d’un camarade, c’est un crime ! » tranche d’un ton martial le même général.
Le 4 décembre, le nouveau commandant de la compagnie de Chaumont, le capitaine Requis, 34 ans, se sent doublement trahi. Son épouse, gendarme tout comme lui, le trompe. Et son rival porte aussi l’uniforme !
Dans la nuit, il part chercher dans la chambre forte son sig sauer, se saisit d’une seconde arme, attend son rival, le poursuit en voiture au centre-ville de Chaumont. Lui tire dessus à 11 reprises, au cours d’une course-poursuite digne d’un scénario de film d’action plutôt musclé. 6 à 7 impacts seront retrouvés dans le véhicule pris pour cible.
L’amant s’en sortira pourtant miraculeusement sain et sauf. Le capitaine Requis se rend à la police dans la foulée. L’inspection de la gendarmerie nationale prend l’enquête en main.
« Il s’est senti humilié »
Le commandant de compagnie ne fait pas mystère de ses intentions. Il voulait tuer celui qui faisait voler en éclat son couple. « Il devrait être poursuivi pour destruction de famille ! », a-t-il justifié lors de ses auditions. Ajoutant qu’il ne regrettait pas son geste. « S’est-il quand même remis en question ? », interroge le président Iogna-Prat à l’un des enquêteurs. « Non », répond celui-ci. Le gendarme est resté froid et maître de lui au cours de sa garde à vue. « Pour moi, il n’était plus dans son état normal, c’est un coup de sang », vient nuancer son supérieur hiérarchique.« Au moment où il tire, Ce n’était plus son visage, il n’était que détresse et violence », confirme la victime. « Je lui pardonne. Tout ça est un immense gâchis », s’empresse-t-il d’ajouter. « Il s’est senti humilié », analyse l’expert psychiatre. « L’idée d’un divorce lui était insupportable ». D’autant insupportable qu’il présente « une personnalité psychorigide qui aime l’ordre et la propreté ».
Son ex-épouse, jolie jeune femme aujourd’hui en fonction à Metz, fait un récit de leur « descente aux enfers » millimétré à la façon d’un rapport de gendarmerie. Ils se sont rencontrés quatre années auparavant à Paris, tous deux affectés à L’Elysée. « Avec nos deux enfants, nous menions une vie paisible et sereine ». Leur mutation à Chaumont, le 1er août 2008 les a éloignés raconte-t-elle. « Nous étions devenus un couple sans amour, sans échange. Mon mari dépérissait, j’étais en détresse ». Affectée à l’école de gendarmerie, elle s’est rapprochée de son collègue. « Je trouvais chez lui ce que Ludovic ne m’apportait plus ». Elle sert elle aussi un long plaidoyer. « Je m’en veux de ne pas avoir aidé Ludovic à rester ce qu’il était à mes yeux, fort, droit. Ce geste, cette nuit-là, ce n’est pas lui qui l’a commis, c’est un autre, un fantôme. Pour moi, il n’est pas dangereux ».
Ludovic Requis, homme brun élégant à l’accent du sud-ouest, accusé de tentative d’assassinat encourt perpétuité.
http://www.estrepublicain.fr/actualite/2012/03/16/le-code-d-honneur-des-gendarmes
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