Nina, étudiante géorgienne de 24 ans, a été tuée en 2009 à Amiens. Sa famille n'a droit à aucune indemnité.
La vie d'une jeune femme ne vaut rien si sa famille ne réside pas en France. C'est un résumé certes un peu facile, mais pourtant bien réel. Les parents, et les sœurs de Natalia Tsetskhladze, que l'on appelait Nina, ne toucheront aucune indemnité après la mort de la jeune femme. Les textes sont ainsi faits: ne peuvent y prétendre que les personnes résidant sur le territoire français. Cette famille habite en Georgie et en Allemagne. MeHubert Delarue, leur avocat, est consterné: «Il y a vraiment un sentiment d'injustice, c'est une situation inouïe». L'ancien bâtonnier du barreau d'Amiens vient d'écrire au président de la République, Nicolas Sarkozy, pour lui expliquer la situation, et pour que la législation en la matière soit modifiée.
Nina séjournait de façon régulière en France. Cette Géorgienne de 24 ans, titulaire d'une licence de sciences sociales, était arrivée à Amiens en juin2009 dans le cadre d'un programme d'échange pédagogique; elle suivait une formation linguistique auprès du CIO d'Amiens nord. La jeune femme résidait dans un foyer de jeunes travailleurs, au 61, rue du Cange à Amiens. Elle a eu le malheur d'avoir pour voisin Wahid Khalifi, 26 ans. Le 10novembre2009, Nina est retrouvée morte dans sa chambre. Elle a été tuée par étouffement à l'aide de sacs poubelle et d'une ceinture de peignoir.
Son meurtrier lui a tailladé le bras pour faire croire à un suicide. Il a pris la fuite en emportant la carte bancaire et le téléphone de la victime.
Pour ces faits, Wahid Khalifi sera jugé devant la cour d'assises de la Somme le mois prochain. Pour MeHubert Delarue, le temps presse. Car la famille de la victime devrait être présente. «À l'issue de ce procès, je ne me vois pas dire à ces gens qu'ils peuvent repartir chez eux avec uniquement leur mouchoir pour pleurer», dit-il.
L'agresseur aurait dû être en prison
L'avocat avait initié une procédure classique dans ce genre de dossier criminel. L'agresseur présumé n'étant pas solvable, il s'est tourné vers le fonds de garanties des victimes d'infractions pénales. La réponse à cette demande de réparation ne s'est pas fait attendre: c'est non. Et d'expliquer: parce que les ressortissants étrangers qui sollicitent l'indemnisation de leur propre préjudice du chef d'homicide d'un parent, ne se trouvaient pas en situation régulière en France, soit au moment des faits soit à la date du dépôt de la requête.
La famille de la victime «a été choquée», selon Me Delarue. Et cela est d'autant plus insupportable pour les proches de Nina, que le meurtrier présumé aurait dû être en prison au moment des faits. Il devait purger une peine de quatre ans d'emprisonnement pour trafic de stupéfiants, et un mandat d'arrêt avait été lancé à son encontre. Son adresse était connue, mais pour une raison inexplicable, Wahid Khalifi était libre en ce début novembre2009
http://www.courrier-picard.fr/courrier/Actualites/Info-regionale/Assises-que-vaut-la-vie-de-Nina
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