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mercredi 1 février 2012

Meurtre d’Oyonnax : l’accusé prend à partie le mari

Un procès d’assises ne se résume pas à un examen froid de faits atroces et à un verdict. Il fouille au plus profond de la vie d’un accusé et d’une victime. Il étale au grand jour l’intimité, il exhume des secrets, il remonte parfois jusqu’à l’enfance pour cerner une personnalité.
Depuis lundi, les vies de Khalid Arji et de Bernadette Chérif sont passées au crible de cette introspection judiciaire. Et le contraste est immense entre ce jeune homme dénué d’affects, plus préoccupé par la honte que fait rejaillir le meurtre sur sa famille a dit un expert psychiatre que par le remords d’avoir gratuitement volé une vie. Sa femme a témoigné hier de l’enfer de sa vie de couple avec lui, après le meurtre du 25 août 2007. Les coups de pieds, les coups de poing. L’oisiveté, les mensonges, les journées à traîner dans les bars, et les vols de l’argent de sa paye pour jouer au poker dans des tripots clandestins d’Oyonnax.
Bernadette Chérif, elle, était la bonté même selon tous les témoignages. « Une femme magnifique » et généreuse, a résumé un ami de son fils. « On rêvait tous d’avoir une mère comme ça. » « On avait peu d’argent » ajoutait sa nièce, « alors elle venait à la maison avec des commissions. Elle m’avait invitée en vacances en Tunisie aussi. »
« Comment expliquer à mon fils de quatre ans qu’un sauvage l’a tuée ? », s’est demandée sa fille. Son fils, effondré à la barre, évoquant péniblement le jour du drame et le snack de ses parents entouré de policiers.
« J’y pense jour et nuit » a témoigné à son tour Mohamed Chérif. La rumeur publique d’Oyonnax en avait fait un possible commanditaire du meurtre sur le mode du « à qui profite le crime ? » L’arrestation d’Arji y a mis fin, mais le mari de Bernadette Cherif a dû se défendre bec et ongle à la barre contre la thèse de la dette de 22 000 euros qui aurait poussé Arji à venir de nouveau réclamer son dû avant de la tuer : « Il ne m’a jamais prêté un euro. Il n’avait pas de quoi acheter une cigarette. Selon moi, il a fait des avances à ma femme. »
Même si le président Bréjoux et l’avocat de la défense, M e Khodja, comme les gendarmes lundi, ont évoqué des écoutes téléphoniques qui jettent le trouble sur ces dénégations forcenées.
Arji, questionné à de multiples reprises, maintient mordicus sa thèse : « Il m’a fait croire que sa femme était au courant. Tout ça, c’est à cause de lui. » Avant de s’adresser à Mohamed Chérif : « On va tous finir là-haut. Là, tu pourras pas mentir. »
Dans leurs plaidoiries, les avocats des parties civiles, M e Sauvayre et Doyez, ont recentré les débats : le « massacre » d’une femme éventrée, « plus regardable quand on l’a mise en terre », pour un « mobile dérisoire. » Et M e Yves Sauvayre de prévenir : « Ne vous trompez pas de coupable. » Le verdict sera rendu aujourd’hui
http://www.leprogres.fr/ain/2012/02/01/meurtre-d-oyonnax-l-accuse-prend-a-partie-le-mari

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