Depuis la mort de Fabrice Degardin, en 2010, son compagnon Christophe Gantois se bat pour récupérer ses biens et ses souvenirs. Son vœu le plus cher est aussi de reposer auprès de lui. Mais la famille du défunt s'y oppose farouchement. La justice devra trancher.
CHRISTOPHE GANTOIS est un homme brisé. Depuis la mort de son petit ami dans des conditions mystérieuses, au mois de juin 2010, sa vie est devenue « un véritable enfer ».
Après avoir été suspect aux yeux de la machine judiciaire, pointé du doigt par l'opinion locale puis mis hors de cause, c'est la famille de celui avec qui il partageait sa vie sous le toit d'une coquette demeure du hameau de Tincourt, à Venteuil, qui semble désormais vouloir se liguer contre lui. Se disant discriminé en raison de son homosexualité, raillé, insulté, humilié mais aussi volé et menacé, sa situation est devenue telle, que s'est installé chez lui le sentiment de n'être plus qu'un « simple étron au milieu d'un trottoir ».
Dans la nuit du 13 au 14 juin 2010, Fabrice Degardin, 45 ans, avait été retrouvé sans vie par Christophe Gantois, assis dans un fauteuil du salon, au rez-de-chaussée de leur maison de la Grande Rue.
Propos homophobes
La mort avait d'abord été jugée suspecte pour plusieurs raisons. D'une part, parce que Christophe Gantois se trouvait dans les lieux au moment des faits. Celui-ci dormait à l'étage. D'autre part, d'infimes traces de sang avaient été relevées au domicile, de même qu'une ecchymose sur le corps du défunt. De nombreuses boites de médicaments avaient également été retrouvées, laissant penser à une absorption massive. Enfin, si Christophe Gantois paraissait faire un coupable si idéal, c'est aussi parce que les gendarmes étaient intervenus au cours de la nuit, quelques heures avant le décès, pour mettre fin à une dispute entre les deux hommes. Des querelles qui s'avéraient d'ailleurs récurrentes dans le couple.
Les expertises toxicologiques avaient cependant conclu à une intoxication ayant entraîné une défaillance cardiaque, consécutive à l'absorption d'un cocktail détonnant fait d'alcool et de produits médicamenteux. Un mélange d'autant plus fatal que Fabrice Degardin avait une santé fragile depuis une attaque vasculaire cérébrale survenue deux ans plus tôt. Aussi l'affaire avait-elle été classée sans suite par le parquet de Châlons-en-Champagne.
Mais le fait d'avoir été totalement blanchi n'a pas pour autant affranchi Christophe Gantois aux yeux de la famille de son compagnon. Bien au contraire.
« De toute façon, elle n'a jamais accepté notre façon de vivre, déclare-t-il. Nous n'étions rien pour elle. Fabrice n'était pas encore inhumé qu'elle est venue s'accaparer notre mobilier, même des biens qui m'appartenaient. Une télé toute neuve, des vêtements, du matériel électroménager, du mobilier, des plantes… J'ai eu beau les réclamer, on m'a répondu que rien ne me revenait. On m'a menacé et proféré des propos homophobes. On a tenté d'empoisonner mon chien en lui faisant avaler le contenu d'une bombe dégivrante. Cela m'a coûté une semaine de clinique. J'ai porté plainte mais le dossier a été classé sans suite. L'un des membres de la famille m'a même interdit, non seulement de rentrer dans la maison, mais aussi de venir au village. » Et de conclure avec amertume : « Les limites ont été depuis longtemps dépassées. Je suis écœuré par la nature humaine ».
« Je veux reprendre mes biens »
Contre vents et marées, Christophe Gantois a cependant bien l'intention de récupérer ce qui lui appartient, factures à l'appui, même si la maison qu'il occupait avec son compagnon ne lui appartient pas. « Je veux reprendre mes biens pour pouvoir faire mon deuil », souligne-t-il.
A défaut d'avoir pu faire entendre raison à la famille de ce dernier, son avocat, Me Emmanuel Ludot, a introduit un référé, la semaine dernière, auprès du président du tribunal de grande instance de Châlons-en-Champagne, dans l'espoir d'obtenir gain de cause. La décision doit tomber la semaine prochaine.
Néanmoins, quelle qu'en soit la teneur, l'histoire ne s'arrêtera pas là. Et pour cause : le compagnon de Fabrice Degardin envisage aussi très sérieusement de pouvoir reposer, le moment venu, auprès de son ami défunt. « Le seul être qui m'a rendu heureux », confie-t-il. Me Ludot devrait demander d'ici la fin de l'année, la division de la concession qui se trouve actuellement au nom des parents.
Une affaire qui s'annonce toutefois compliquée dans la mesure où les deux hommes n'étaient pas pacsés. « Mais cela reste possible », plaide l'avocat. Une perspective qui ne devrait certainement pas manquer de créer des remous du côté de la famille du disparu. Qu'importe : « Je n'ai plus rien à perdre, déclare Christophe Gantois. Je suis prêt à me battre. Plus rien ne me fait peur. »http://www.lunion.presse.fr/article/marne/son-ami-avait-succombe-a-un-cocktail-fatal
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