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mardi 8 novembre 2011

Le procès du chauffard dégénère

Trop de douleur, trop de colère. Hier, le procès du jeune conducteur s’est arrêté brutalement au bout de deux heures dans le bruit et la fureur. Thomas Bouillonnois, 21 ans, a échappé à un véritable lynchage dans la salle d’audience du tribunal correctionnel de Senlis. Le 10 septembre, à Chantilly, il avait provoqué la mort de Manon, 17 ans et demi, et de Damien, 21 ans, ses passagers, lors d’une perte de contrôle de sa Peugeot 308.
Cent cinquante personnes assistaient hier aux débats. Les familles des deux jeunes décédés originaires du Val-d’Oise, les trois survivants du crash routier et leurs amis. Tous ont les nerfs à fleur de peau. Les jeunes filles arborent sur leur tee-shirt, le visage de Manon Orthola et Damien Philippe. D’autres serrent le portrait de leurs amis disparus.

Insultes et menaces de mort pleuvent sur l’accusé

Sur le banc du premier rang, les pères contiennent leur rage. Thomas esquive les questions insistantes du vice-procureur, Hervé Tétier, sur sa vitesse à l’instant du choc. Pascal Orthola explose : « T’as pas le courage de dire la vérité. » Le père de Manon se débarrasse de son blouson, prêt à frapper. Il est stoppé par les avocats. Mais derrière lui la salle qui se retenait depuis deux heures se lâche. Insultes et menaces de mort pleuvent sur l’accusé : « Tu creuses ta tombe, l’avertit une fille en lui jetant un portrait de Manon sous le nez. T’as plus qu’à te pendre. »
Le président et ses assesseurs se retirent. Bientôt une dizaine de gendarmes apparaissent pour contenir la foule et protéger le prévenu. La confusion est totale. « Le procès est foutu. On ne saura jamais », regrettent des proches. « C’est inadmissible », tonne le président en tapant du poing sur la table. « Cette affaire doit être traitée sereinement », martèle le vice-procureur,qui demande le renvoi.
Me Gilles Fouriscot, avocat des parties civiles, exige un complément d’enquête. « La question que les victimes se posent est celle de la vitesse. A quelle vitesse s’est crashé le véhicule. » « 60, 70 km/h », estime le conducteur. Mais il n’a aucune certitude, lors de la collision il a eu « un trou noir ». Ce jeune mécanicien se défausse sur une éventuelle défaillance mécanique. Perte d’adhérence, pneu défectueux…
Aucune expertise ne pourra le contredire. Une lacune qui désole autant l’accusation que la défense. « C’est regrettable qu’aucun expert-accidentologue n’ait été désigné. Il aurait pu établir la vitesse au kilomètre/heure près. On en est réduit à faire des hypothèses, explique Me Grégory Bensadoun, avocat du prévenu. En aparté, certains se risquent à une autre explication : « Ces expertises coûtent cher, de 2 à 5000 €. »
Le procès a été renvoyé au 5 décembre.
Le 23 novembre, un autre procès se tiendra au tribunal de Pontoise (Val-d’Oise). Le 27 octobre, les pères de Manon et de Thomas en sont venus aux mains, à Fosses, sur le lieu de travail du jeune mécanicien..
http://www.leparisien.fr/oise-60/le-proces-du-chauffard-degenere-08-11-2011-1708569.php

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