Fatigué par les lenteurs de la justice et des services de police, à bout de nerfs, pensant avoir épuisé tous les recours, il s'en est fallu de peu pour que Naceur Aloui s'immole par le feu devant le palais de justice, hier matin.
IL s'était finalement décidé à prévenir les journalistes, après avoir porté plainte à cinq reprises, après avoir écrit au procureur de la République et au préfet pour leur donner connaissance de sa situation. Devant l'immobilisme latent de la justice, il avait donc décidé de jouer le tout pour le tout. (l'union du 31 juillet).
Cet homme de 59 ans, habitant au onzième étage d'une tour du quartier Europe est fatigué de se battre contre son beau-frère qui lui « pourrirait la vie ».
Lorsqu'il rencontre celle qui deviendra sa femme, il y a quatre ans, il ne sait pas qu'elle se trouve en situation irrégulière sur le sol français. Lorsqu'il l'épouse, elle obtient un titre de séjour renouvelé régulièrement. Et puis, il quitte Paris pour Saint-Quentin, où habite la famille de sa femme, en début d'année.
Le marché du mariage blanc
« Là, tout a changé. Son frère a une mauvaise influence sur elle. Elle a quitté le domicile du jour au lendemain, alors que je n'ai jamais levé la main sur elle, que je ne lui ai jamais manqué de respect, que je ne l'ai jamais trompé. » Elle demande le divorce, il refuse la procédure à l'amiable. Débute la vengeance. « Elle a essayé de faire croire que je la battais. Elle a vidé l'argent qui se trouvait sur mon compte. Un jour que j'étais absent, elle a fait venir un serrurier prétextant soi-disant qu'elle avait perdu ses clefs. Ils ont tout vidé. »
Ils ont juste laissé le lit nuptial enfin après qu'une masse l'a réduit en morceaux. Il cherche les raisons du changement d'humeur de sa douce, interroge le voisinage, les gens du quartier et découvre leur projet. « Une fois que ma femme aura obtenu la nationalité française, elle pourra se vendre, comme son frère a le projet pour lui aussi. » Naceur Aloui parle de mariage blanc qui se négocierait autour de 30 000 euros. Alors il a fait un signalement à la préfecture. Celle qui est toujours sa femme n'obtient pas la nationalité française. Nacer Alaoui est alors salement tabassé, en mai, par son beau-frère, assure-t-il.
Il avait d'abord décidé d'une grève de la faim, c'était samedi avant de se résoudre, dimanche, à un acte plus radical : s'immoler par le feu devant le palais de justice de Saint-Quentin, dès le lendemain. « M'arrêter de manger ? Beaucoup le font et ça ne change rien. »
Deux heures indécises
N'arrivant pas à dormir, il est arrivé vers 6 heures, lundi. « J'étais fermement décidé. Je ne voyais aucune issue. »
Avec des cartons de déménagement, il s'est confectionné une pancarte pour expliquer en quelques mots sa situation : « Je suis victime de l'incapacité de la police et de la justice. Je fais la grève de la faim. Je suis une torche vivante. »
L'attente, longue, interminable. « J'avais donné comme heure aux journalistes, 8 h 30, j'attendais donc. Je ne pensais pas que la police viendrait. » Si elle n'était pas venue ? « J'aurais fait ce qu'il fallait faire. J'avais ma bouteille d'essence et mon briquet. »
Entre espoir et crainte
Durant plus de 20 minutes, sur le parking en face du tribunal de Saint-Quentin, les policiers dont un des officiers de police judiciaire chargés d'enquêter sur le fondement de deux de ses plaintes, ainsi que le patron du commissariat de Saint-Quentin, le commissaire central David Boileau, ont tenté de faire entendre raison au désespéré, tout au moins de nouer un début de dialogue.
Résigné, Naceur Aloui a finalement décidé de suivre les policiers jusqu'au commissariat. « Ils ont regroupé les cinq plaintes. Il n'y a plus qu'une procédure. Les policiers m'ont expliqué qu'il ne s'agissait pas de lenteur mais qu'il y avait des cas plus urgents à traiter. » Des policiers qui auraient promis une accélération de la procédure. Naceur Aloui attend la confrontation avec son beau-frère avec impatience. « J'ai des preuves, des attestations. Je veux qu'il soit traduit en justice, il m'a cassé deux dents, j'ai eu un arrêt de travail de 21 jours. Il faut que l'on me rende mes affaires. » Rasséréné, il est ressorti peu avant midi de l'hôtel de police. Les fonctionnaires lui ont proposé une aide psychologique qu'il n'a, pour l'heure, pas sollicitée.
Hier, en milieu d'après-midi, après avoir digéré les événements matinaux, il était partagé entre espoir et crainte. « J'ai juste peur à nouveau de représailles. »
Convoqué au commissariat, le beau-frère incriminé s'est expliqué en audition libre hier soir. Il est ressorti ensuite, sans qu'aucune poursuite n'ait été engagée à son encontre. « L'enquête se poursuit et notamment pour recueillir la version de l'épouse », indique juste le commissaire David Boileau.
http://www.lunion.presse.fr/article/aisne/il-voulait-en-finir-naceur-aloui-enfin-entendu
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