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dimanche 12 décembre 2010

Les cadavres sans nom de Perpignan

Un appel à témoins va être lancé pour identifier les deux hommes de la même famille retrouvés morts. Depuis 1974, la gendarmerie recense 1.486 cadavres inconnus.


Quelqu'un aurait-il des informations sur deux hommes membres d’une même famille tués d’une balle dans la tête et découverts enroulés dans des tapis le 25 novembre dernier à une quinzaine de kilomètres de Perpignan (Pyrénées-Orientales)? La question devrait être posée la semaine prochaine lors d’un appel à témoins national. Selon nos informations, le juge d’instruction chargé de ce mystérieux double homicide et les gendarmes de la Section des recherches de Montpellier (Hérault) doivent diffuser les portraits reconstitués de ces deux victimes toujours non identifiées. "Les visages étaient trop dégradés, il a fallu procéder à leur reconstruction faciale", glisse une source proche de l’enquête. Pour l’instant, les investigations menées dans la région se sont révélées vaines.


Personne n’a signalé la disparition de ces deux hommes découverts le même après-midi dans un champ et un fossé en bordure de petits chemins à Corneilla-la-Rivière et Millas (Pyrénées-Orientales), deux communes distantes d’à peine 3 kilomètres. Les cadavres étaient enroulés dans des tapis, eux-mêmes dissimulés dans des sacs à gravats. Agés d’une soixantaine et d’une trentaine d’années et mesurant respectivement 1,71 m et 1,79 m, ces deux hommes roux étaient sans doute père et fils ou oncle et neveu, comme l’a révélé leur ADN. Morts depuis trois à dix jours avant d’être découverts, ils avaient partagé le même repas. L’autopsie a également révélé que ces deux inconnus, qui ne portaient pas de traces de violences, de lutte ou de liens sur leurs corps, ont succombé à un tir d’une balle tirée derrière l’oreille pour le sexagénaire et deux balles tirées dans la tête et la joue droite pour le trentenaire. Des coups tirés à bout portant du haut vers le bas. "Si ce n’est pas une exécution, cela y ressemble fortement", estime Jean-Pierre Dreno, le procureur de la République de Perpignan.


A-t-on voulu faire passer un message?
Mais magistrats et enquêteurs sont surtout intrigués par la présence de deux douilles de calibre 7.65 volontairement déposées près des victimes. A-t-on voulu bêtement faire disparaître toute trace compromettante de l’endroit où ils ont été tués ou a-t-on voulu faire passer un message? Les gendarmes se demandent aussi pourquoi le ou les meurtriers ont pris le risque de laisser en évidence à deux endroits différents ces deux cadavres alors qu’il était facile de les faire disparaître, par exemple en les démembrant ou en les enterrant en pleine forêt. Le ou les meurtriers ont-ils été dérangés lors de leur déchargement ou espéraient- ils au contraire faire apparaître ce double crime? Une chose est sûre, la consultation du Fichier automatisé des empreintes digitales (Faed) n’a pas permis d’identifier ces inconnus qui n’ont donc jamais eu maille à partir avec la justice française. Même chose pour le Fichier national automatisé des empreintes génétiques (Fnaeg). Abandonnés non loin de l’autoroute A9 qui relie l’Espagne à la France, ces deux inconnus étaient peut-être des étrangers. Fabriqués en Italie, les tapis orientaux de médiocre qualité qui faisaient office de sarcophage étaient vendus en Allemagne, tout comme leurs vêtements. Les gendarmes s’interrogent sur l’absence de leurs chaussures. Les victimes étaient-elles pieds nus dans une pièce au moment de leur mort? Leurs mâchoires garnies de nombreuses couronnes en or et en argent ont, elles, été analysées à l’Institut de recherche criminelle de la gendarmerie nationale (IRCGN) et leurs schémas dentaires seront diffusés dans les revues spécialisées des dentistes. "Ces comparaisons sont très fiables et coûtent moins cher que l’ADN", explique le médecin-chef Florent Ducrettet de l’IRCGN. "Mais on dispose rarement des données ante mortem".


Faute de réponse, les fiches des deux tués sous X de la région de Perpignan ont rejoint les 1.486 dossiers de cadavres inconnus archivés au Service technique de recherches judiciaires et de documentation (STRJD) de la gendarmerie. De grands classeurs bleus recensent de manière totalement empirique et partielle les signalements de personnes inconnues décédées de mort naturelle ou violente depuis 1974 diffusés notamment à travers le fichier de gendarmerie Judex. Ces archives papier comprennent 1.086 hommes et 379 femmes, dont cinq enfants et 25 nouveau-nés ainsi que 21 restes humains. "Il nous manque une base informatique légale", regrette le lieutenant-colonel Bernard Popineau du STRJD. Faute d’autorisation de la Cnil, un gendarme compare donc manuellement chaque fiche de mort sous X avec celles des personnes disparues présentes notamment dans le Fichier des personnes recherchées (FPR) ou signalées par les brigades. Lorsqu’un rapprochement approximatif est fait, le STRJD le signale au service enquêteur qui ne lui livre pas forcément le résultat définitif de cette comparaison…


"Un fichier national des empreintes dentaires"
De son côté, la police, elle, ne dispose même pas de statistiques nationales, même partielles, sur le nombre de morts sous X recensés dans les agglomérations. "Nous n’avons malheureusement pas de données officielles", regrette Jean-Yves Bonnissant, le président de Manu Association, qui estime à 1.000 le nombre d’inconnus décédés et inhumés chaque année dans l’anonymat lorsque nulle cause violente de décès n’est décelée. Ce dernier milite pour la mise en place d’un fichier national odontologique des empreintes dentaires. Pour permettre aux familles de retrouver la trace de leurs disparus, la Loi d’orientation et de programmation pour la performance de la sécurité intérieure (Loppsi 2), qui sera examinée en janvier au Sénat, prévoit le recueil obligatoire des empreintes digitales, génétiques et dentaires des morts sous X, ce qui devrait faciliter leur identification ultérieure grâce, notamment, aux comparaisons avec les fichiers existants.


http://www.lejdd.fr/Societe/Faits-divers/Actualite/Les-cadavres-sans-nom-de-Perpignan-241739

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